Avant-concert
"Tous les matins du monde" - Pascal Quignard et la musique
Concert
Sainte-Colombe le fils
Distribution
- , Groupe composé par François Joubert-Caillet, Sarah van Oudenhove et Yoann moulin
L'Achéron
Groupe composé par François Joubert-Caillet, Sarah van Oudenhove et Yoann moulin
La famille Sainte-Colombe reste aujourd’hui encore très mystérieuse : le père, connu comme maître de Marin Marais, auteur de nombreuses pièces pour une ou deux violes et incarné par Jean-Pierre Marielle dans le film Tous les matins du monde (Alain Corneau, 1991), est malgré tout entouré de zones d’ombres, quant à ses origines, mais aussi son prénom (Jean ?), sa carrière, etc.
Mêmes obscurités autour de son -ou ses- fils : on retrouve quelques traces de Sainte-Colombe (ou ce nom anglicisé) à Londres et Edimbourg autour de 1700, probablement au moins deux différents musiciens (un Peter ?), mais surtout les Pièces de viole présentées ici, dans un manuscrit de Philip Falle comprenant cinq suites composées de danses à la française (Allemande, Courante, Sarabande, Gigue, etc.) dont notamment un Tombeau pour Mr de Sainte-Colombe le père. Cette version à viole seule, est le plus souvent jouée ainsi, dans la lignée des pratiques de la génération du père Sainte-Colombe (Demachy, Dubuisson, etc.) où la viole allie mélodie et harmonie, se suffit à elle seule, chante et s’accompagne elle-même, dans la continuité du jeu de lyra-viol développé en Angleterre pendant la période élisabéthaine.
La version proposée ici rompt avec les interprétations habituelles de ces Pièces de Viole de
Sainte-Colombe le fils car elle propose une reconstruction d’une partie de basse continue, en écho avec les Pièces de Viole de compositeurs de la même génération que le fils Sainte-Colombe (Marin Marais, Caix d’Hervelois, Antoine Forqueray), avec un accompagnement d’une seconde viole de gambe, d’un théorbe et d’un clavecin. Il apparaît en effet que la partie non-autographe qui nous est parvenue donne une sensation générale de « manque » harmonique, ici comblée par cette nouvelle partie de basse continue. Construite selon les usages d’autrefois par François Joubert-Caillet, la musique du fils Sainte-Colombe semble ici reprendre vie, certains passages qui sonnaient « vide » reprennent tout leur sens avec le soutien harmonique et la ligne de basse qu’ils nécessitaient.
Comment et pourquoi cette partie de basse continue aurait-elle été perdue ? Les possibilités sont multiples. Mais ce programme soulève aussi d’autres questions quant au rôle de l’interprète : si celui-ci ne peut pas s’oublier lorsqu’il joue une œuvre et cela malgré son éventuelle volonté de s’effacer au profit de la musique et de ce qu’il sait des pratiques historiques, une telle reconstruction permet à l’interprète -à tort peut-être ?- d’aller encore plus loin et de quasi-composer la musique selon son envie. Des reconstructions d’autres musiciens de ces Pièces de Viole du fils Sainte-Colombe proposeraient ainsi des versions totalement différentes ! Où commence le pastiche ? Jusqu’où un interprète peut-il aller pour faire entendre la musique intrinsèquement sublime d’un compositeur trop oublié mais dont la partition a été quelque peu effacée par le temps ?
- , basse de viole
François Joubert-Caillet
basse de viole
François Joubert-Caillet est aujourd’hui une figure incontournable de la viole de gambe, s’inscrivant sur les pas des pionniers de la musique ancienne en faisant découvrir des beautés oubliées mais aussi en abolissant les frontières entre les musiques avec des projets transversaux (musiques traditionnelles, actuelles, assistées par ordinateur, improvisation, danse contemporaine, etc.).
François Joubert-Caillet mène L’Achéron depuis 2009 sur les plus grandes scènes européennes et enregistre de nombreux disques, notamment l’enregistrement de l’intégralité de ses Pièces de Viole de Marin Marais (5 Livres/coffrets, environ 600 pièces, une vingtaine de CDs) récompensés de Diapasons d’Or et Chocs de Classica.
Professeur de viole de gambe au Conservatoire de la Ville de Luxembourg et au Conservatoire à Rayonnement Régional de Nancy, François Joubert-Caillet a également créé Albus Fair Editions, une maison d’édition indépendante, équitable et éco-responsable en 2021 (www.albus-editions.com). Il y a publié un premier opus de ses propres œuvres pour violes de gambe, Isola, ainsi que le dernier disque de L’Achéron, l’adaptation de l’Orgelbüchlein de Johann Sebastian Bach pour voix, viole de gambe et bandonéon.
- , basse de viole
Sarah van Oudenhove
basse de viole
Sarah Van Oudenhove commence la viole de gambe à l’âge de six ans avec Christian Sala, puis le clavecin avec Carole Parer au Conservatoire de Perpignan. Après un passage dans la classe de Coen Engelhard au Conservatoire de Toulouse, elle obtient un premier prix au Conservatoire de Lyon en 2008 dans la classe de viole de gambe de Marianne Muller. Elle travaille ensuite avec Jérôme Hantaï, Wieland Kuijken, Christophe Coin et Jordi Savall lors de stages et de masterclasses. Aujourd’hui, elle joue et enregistre régulièrement avec des ensembles comme l’Achéron, Sonadori, La Chapelle Rhénane, Clematis, Les Traversées Baroques, Epsilon, L’ensemble Gilles Binchois, Mare Nostrum, La Capella Mediterranea, Le Choeur de Chambre de Namur.
- , clavecin, orgue
Yoann Moulin
clavecin, orgue
Yoann Moulin commence son apprentissage de la musique avec Robert Weddle au sein de la Maîtrise de Caen. Il y découvre le clavecin qu’il étudie avec Bibiane Lapointe et Thierry Maeder et poursuit après un passage à l’académie de Villecroze avec Ilton Wjuniski ses études au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris dans les classes d’Olivier Baumont, Kenneth Weiss et Blandine Rannou. À cette même époque, il découvre le clavicorde grâce à Étienne Baillot, l’orgue en autodidacte, l’improvisation aux côtés de Freddy Eichelberger et profite de l’enseignement de Pierre Hantaï, Skip Sempé, Blandine Verlet et Élisabeth Joyé.
Il joue depuis en récital et en musique de chambre dans différentes saisons et festivals comme la Philharmonie de Paris, La Roque d’Anthéron, les Folles Journées de Nantes, Oude Muziek – Utrecht, Ambronay, la Fondation Royaumont, Lanvellec, Montpellier-Radio France, le Venetian Center for Baroque Music, le Cervantino – Mexique, la Chaise-Dieu, l’Académie Bach d’Arques-la-Bataille, Saint Riquier, la Philharmonie du Luxembourg, le festival Actus Humanus en Pologne ou encore le festival International Tropical Baroque à Miami.
Il accompagne aussi plusieurs ensembles tels que les Arts Florissants, le Concert Spirituel, Les Musiciens du Louvre, l’ensemble Clément Janequin, la Fenice, le consort de violes L’Achéron, le Concert Étranger, la compagnie La Tempête, Capriccio Stravagante, la Maîtrise du Centre de Musique Baroque de Versailles, les Musiciens du Paradis, la compagnie de danse baroque Les Fêtes Galantes, Das Klub – Cabaret Contemporain ou le collectif de Jazz La Forge.
En 2017, il fonde l’ensemble « La Ninna » qui explore par la musique de chambre un répertoire baroque plus intime et intérieur.
Son premier enregistrement en tant que soliste consacré à Girolamo Frescobaldi, chaleureusement accueilli par la critique et récompensé de 5 diapasons, a paru chez L’Encelade. Il enregistre désormais chez le label Ricercar avec lequel il commence une collection de disques consacrés à la musique allemande pour clavier et dont le premier opus dédié à Samuel Scheidt et Heinrich Scheidemann a paru en 2018. Il participe aussi à plusieurs enregistrements pour les labels Alpha ou Ambronay, dont « Au Sainct Nau » avec l’ensemble Clément Janequin. Les « Ludi Musici » de Samuel Scheidt gravés avec l’Achéron, et « The Tempest » disque autour de la pièce de William Shakespeare avec l’ensemble la Tempête, ont tous deux été récompensés par un Diapason d’or.
Enfin, Freddy Eichelberger, Pierre Gallon et Yoann Moulin ont récemment fondé « Une Bande de Clavecins », un consort de claviers anciens réunis autour de la musique de la Renaissance, écrite et improvisée.
Programme
Sainte Colombe le fils (1660-1720)
Suite en sol mineur
Suite en mi mineur
Suite en fa mineur
À propos
Immortalisé par Jean-Pierre Marielle dans le film Tous les matins du monde, Monsieur de Sainte-Colombe, maître entre autres de Marin Marais, est désormais bien connu des mélomanes. Sa vie n’en demeure pas moins auréolée de mystère : ses origines, sa carrière, sa filiation restent incertaines. De récentes recherches ont mis au jour des traces de Sainte-Colombe le fils en Grande-Bretagne : les manuscrits de Cinq Suites pour viole seule et un émouvant Tombeau pour Sainte-Colombe le père ont été redécouverts.
Composées de danses à la française, ces pages soulignent la parfaite maîtrise technique de Sainte-Colombe le fils dans l’art de la viole, son raffinement et sa sensibilité. En proposant une reconstruction d’une partie de basse continue, L’Achéron rompt ici avec les interprétations habituelles de ces pièces de viole, revivifiant cette sublime musique et lui redonnant tout son sens.
Ce programme fait l’objet d’un CD (parution septembre 2024) enregistré au Conservatoire & Orchestre de Caen.
Crédit photo : Brassart-Groupe 6